Et si, derrière ce que l’on croit savoir sur l’autisme, se cachaient des réalités bien différentes ? Le mot “autisme” arrive souvent chargé d’images toutes faites : un enfant qui ne parle pas, qui évite les autres, qui calcule de tête des chiffres immenses… ou, à l’inverse, une vision très limitée de ses capacités. Ces clichés rassurent parfois par leur simplicité, mais ils sont aussi trompeurs, et parfois même blessants. Derrière chaque diagnostic, il y a un visage, une histoire, un quotidien unique.
Cet article est né d’une rencontre : celle d’une famille venue au cabinet avec des questions en cascade et des phrases entendues un peu partout — dans la cour de récréation, à la sortie de l’école, sur Internet, et même, parfois, chez des professionnels. Nous allons suivre leur cheminement, et au fil de ce récit, déconstruire quelques mythes tenaces pour comprendre comment, en les dépassant, on peut mieux accompagner un enfant.
Une première rencontre : Lucas, 6 ans
Quand Lucas arrive au cabinet, il se cache derrière la jambe de sa mère, un petit camion rouge coincé entre ses mains. « On nous a dit qu’il était sûrement autiste… mais il parle bien, donc ce n’est peut-être pas ça », me souffle son père. Cette phrase, je l’ai entendue tant de fois. Et elle illustre à elle seule combien les idées préconçues brouillent la compréhension.
Lucas adore raconter comment il a construit un pont en Lego la veille. Mais il évite mon regard, change de sujet dès que je lui pose une question qui sort de son univers, et s’agace si son camion tombe au sol. À l’école, il réussit les exercices de maths, mais ne participe pas aux jeux collectifs. Pour ses parents, l’idée qu’un enfant puisse avoir un TSA tout en parlant bien, en étant intelligent et en ayant de l’humour, reste étrange. C’est là que le travail d’explication commence.
Mythe n°1 : « Un enfant autiste ne parle pas »
Dans la réalité, le trouble du spectre de l’autisme recouvre une immense variété de profils. Certains enfants sont non verbaux, d’autres parlent avec fluidité, mais peuvent rencontrer des difficultés dans la compréhension implicite, l’adaptation du discours ou la gestion des échanges. Lucas, par exemple, parle beaucoup, mais ses conversations tournent souvent autour des mêmes thèmes, et il peut perdre pied dès qu’il doit interpréter un message implicite.
Le langage est donc un indicateur parmi d’autres, mais en aucun cas une preuve suffisante pour confirmer ou exclure un TSA. Ce qui compte, c’est la qualité de l’échange, l’usage social de la communication et la capacité à comprendre les nuances du langage.
Mythe n°2 : « Les enfants autistes n’aiment pas les autres »
Beaucoup d’enfants avec un TSA cherchent le lien social, mais leurs codes relationnels peuvent différer. Certains préfèrent interagir à travers des activités précises plutôt que par des conversations longues. D’autres veulent jouer, mais ne savent pas comment rejoindre un groupe ou comprendre les règles implicites.
Lucas, lui, adore ses camarades, mais il a besoin d’un adulte pour l’aider à entrer dans un jeu collectif. Sans ce soutien, il peut se mettre à l’écart, non par rejet, mais par difficulté à trouver sa place dans une dynamique sociale complexe.
Mythe n°3 : « L’autisme est toujours accompagné d’un retard intellectuel »
Les capacités intellectuelles varient énormément au sein du spectre. Certains enfants présentent une déficience intellectuelle, d’autres un profil dans la norme, et certains encore un haut potentiel dans un ou plusieurs domaines. Les évaluations comme le WISC-V ou la WPPSI permettent d’identifier ces forces et fragilités afin d’adapter les apprentissages.
Chez Lucas, le bilan cognitif a révélé un raisonnement logique au-dessus de la moyenne, mais une vitesse de traitement plus lente, expliquant certaines difficultés en classe lorsque les exercices s’enchaînent trop rapidement.
Mythe n°4 : « Les enfants autistes sont tous pareils »
C’est probablement l’idée reçue la plus tenace. Or, deux enfants avec un TSA peuvent avoir des profils radicalement différents, tant sur le plan des compétences que des besoins. L’important n’est pas de coller à un portrait-type, mais de comprendre comment le fonctionnement particulier de l’enfant interagit avec son environnement scolaire, familial et social.
Lucas et un autre petit patient de mon cabinet, Anna, partagent un diagnostic de TSA, mais leurs quotidiens n’ont rien à voir. Là où Lucas a besoin d’un soutien pour décoder les règles sociales, Anna a besoin d’aménagements sensoriels pour tolérer les bruits et les lumières de la classe.
Nuancer, toujours
Les clichés sur le TSA peuvent rassurer par leur simplicité, mais ils enferment. Ils empêchent de voir les nuances, et donc d’adapter réellement l’accompagnement. Mon travail consiste à déconstruire ces idées reçues, non pour les remplacer par d’autres généralités, mais pour ouvrir des possibles plus justes et plus proches de la réalité de chaque enfant.
Le bilan neuropsychologique, associé à des outils comme l’ADOS-2, l’ADI-R, la Vineland ou la SRS-2, permet de dépasser l’intuition et de préciser les besoins. Ce n’est pas l’étiquette qui aide, mais la compréhension fine du profil et la coordination entre parents, enseignants et professionnels.
Ce que Lucas a gagné
Après la restitution, ses parents ont compris que leur fils pouvait apprendre à gérer les interactions sociales avec un accompagnement ciblé. L’école a mis en place un système de “binôme volontaire” pour l’intégrer aux jeux, et un coin calme pour les moments de surcharge. Trois mois plus tard, Lucas participait à un match de ballon prisonnier, guidé par son camarade, et riait aux éclats. La phrase « il n’aime pas les autres » n’avait plus de sens.
Les mythes s’étaient effacés, remplacés par une vision plus juste, plus riche et surtout plus porteuse d’espoir.
Ce que je retiens
Accompagner un enfant avec un TSA, c’est accepter que les généralités soient rarement exactes. C’est se former, s’informer, observer et ajuster. C’est comprendre que chaque progrès, même minime, est une victoire. Mon rôle est d’aider les familles à traverser le brouillard des idées reçues pour voir clairement le chemin à emprunter, avec leur enfant, à son rythme, et sans jamais le réduire à un mot.
Ce texte vise à informer et sensibiliser. Il ne remplace pas un avis personnalisé. Si vous avez des doutes ou des questions sur le profil de votre enfant, nous pouvons en discuter et envisager ensemble la démarche la plus adaptée.
Dans un prochain article, nous aborderons les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et leurs répercussions sur la vie scolaire et familiale, toujours avec la même approche : comprendre pour agir avec justesse.