Se rendre au contenu

Troubles des apprentissages : comprendre les difficultés “dys”

Et si, derrière une dictée compliquée ou un problème de maths qui s’éternise, il ne s’agissait pas d’un manque d’effort… mais d’un autre chemin d’apprentissage ? Les troubles des apprentissages, qu’on regroupe souvent sous le terme “dys”, ne parlent pas d’intelligence moindre ni de paresse. Ils décrivent une manière différente de traiter le langage, les nombres, les gestes, qui demande des appuis spécifiques pour que l’enfant déploie ses forces sans s’épuiser.

Ce texte propose une vue d’ensemble. On y parle de dyslexie/dysorthographie (langage écrit), de dyscalculie (nombres et calcul), de trouble développemental de la coordination (TDC)/dyspraxie (coordination et praxies), parfois de difficultés de langage oral qui impactent l’écrit, et de ce qui s’entremêle souvent : attention, mémoire de travail, régulation émotionnelle. Mon approche est intégrative : d’abord la clinique et le retentissement réel, ensuite des tests standardisés, puis une interprétation en contexte, avec la famille et l’école.

Ce qu’on appelle “dys”

Dyslexie & dysorthographie : lire et écrire ne deviennent pas des automatismes au même rythme que chez les pairs. Les sons s’assemblent difficilement, les règles d’orthographe restent instables, la lecture est lente et coûteuse, ce qui ampute la compréhension. On observe des confusions phonologiques, une mémoire orthographique fragile, une grande fatigue sur les textes longs.

Dyscalculie : le sens du nombre est moins intuitif. Les faits arithmétiques ne se stockent pas facilement, les procédures se mélangent, la manipulation des quantités reste abstraite. L’enfant peut être bon en logique verbale et pourtant buter sur le calcul mental ou l’alignement des opérations.

TDC/Dyspraxie : planifier et exécuter les gestes fins (écriture, découpage, organisation spatiale) est coûteux. Le résultat peut sembler “maladroit”, mais c’est la programmation gestuelle et la coordination visuo-spatiale qui sont en jeu. L’écriture se fatigue vite, la copie est lente, les tracés sont irréguliers.

Langage oral (troubles développementaux du langage) : vocabulaire, syntaxe, compréhension implicite… Quand l’oral est fragilisé, l’écrit l’est souvent aussi, et l’accès aux consignes se complique.

Avant les tests : voir ce qui se passe vraiment

Je commence par l’histoire : ce qui se passe à l’école, à la maison, dans les loisirs. Quels sont les moments qui coincent ? Qu’est-ce qui marche mieux ? Je regarde des cahiers, des évaluations, j’écoute l’enseignant. Puis j’observe l’enfant : comment il s’installe, comment il s’y remet après une erreur, comment il réagit à une consigne plus longue. On ne cherche pas des cases à cocher, on cherche des indices.

Pastille clinique : trois vignettes pour saisir la diversité

1) Élodie, 9 ans — lire, un escalier sans rampe

Lecture hachée, lente, qui épuise. À l’oral, elle comprend très bien. En dictée, l’orthographe reste phonétique. Les aménagements (textes adaptés, temps supplémentaire, travail orthophonique ciblé, évaluation orale quand pertinent) libèrent de l’espace pour comprendre et apprendre.

2) Sami, 10 ans — les nombres glissent

Il raisonne finement en sciences, mais bute sur le calcul mental et l’alignement des colonnes. Les schémas, les manipulations concrètes, les tables outillées (cartes, applis structurées), et la pose des opérations font toute la différence.

3) Maïa, 8 ans — écrire lui coûte tout

Idées riches, cahiers “brouillon”. La copie lui prend tout son temps cognitif. On aménage : script lisible, temps fractionné, gabarits, clavier progressif, et évaluation du contenu plutôt que de la calligraphie quand l’objectif n’est pas graphique.

Les outils : à quoi ils servent, et comment je les combine

Je sélectionne en fonction de l’âge et des hypothèses, en gardant l’œil sur l’attention et la mémoire de travail qui peuvent biaiser la passation.

  • WISC-V / WPPSI : profil cognitif (mémoire de travail, vitesse de traitement, indices verbaux/visuo-spatiaux) pour situer les appuis.
  • Épreuves lecture/orthographe : décodage de mots/pseudomots, fluence, compréhension, dictée ciblée, copie → repère les leviers (phonologique, orthographique, sémantique).
  • Épreuves mathématiques : sens du nombre, faits arithmétiques, procédures, résolution de problèmes, alignement visuo-spatial.
  • Coordination/praxies : tracés, planification gestuelle, construction visuo-spatiale, observation de l’écriture prolongée.
  • Attention/exécutif : TEA-Ch, D2-R, modules NEPSY, BRIEF (quotidien) pour comprendre ce qui interagit avec les apprentissages.

Limites et prudence : un enfant stressé lit plus mal que d’habitude, un enfant ultra-motivé surperforme ponctuellement. Les scores ne prennent sens qu’avec la clinique (ce que parents et enseignants décrivent) et les observations du jour.

Comment je pose un cadre clair sans enfermer

  • 1. Formuler la question : où est le retentissement principal (lecture, écriture, nombres, gestes) et à quels moments ?
  • 2. Choisir peu d’outils, bien ciblés : mieux vaut précis que “tout tester”.
  • 3. Croiser les sources : famille, école, clinique, résultats.
  • 4. Expliquer simplement : ce que montre le profil, ce qu’il ne dit pas, et ce qu’on en fait.
  • 5. Donner 3–5 recommandations actionnables : applicables demain, évaluables la semaine suivante.

Traduire en gestes concrets

Pour la lecture/orthographe : textes aérés, police lisible, double modalité (oral+écrit), entraînement ciblé (sons/graphèmes), temps supplémentaire à bon escient, évaluation du fond quand l’objectif n’est pas l’orthographe.

Pour le calcul : manipulations concrètes (jetons, réglettes), schématisation des étapes, affiches-mémoire, tables outillées, grille d’alignement, problèmes décomposés.

Pour l’écriture : temps fractionné, guides visuels, réduction de la copie “pour copier”, autorisation clavier progressive, gabarits pour la mise en page, évaluation séparée de la calligraphie et du contenu.

Pour l’attention/exécutif : consignes numérotées, minuteur, checklist, contrôle de complétude, routine stable, renforcement des comportements-cibles (démarrer, tenir, finir).

Idées reçues à détricoter… en douceur

“Il ne fait pas d’efforts.” — Il en fait souvent plus que les autres, mais pas au bon endroit. On réoriente l’effort avec des outils adaptés.

“Ça passera en lisant davantage.” — Lire plus n’aide pas si décoder reste douloureux. On outille d’abord, on augmente ensuite.

“Le diagnostic va le stigmatiser.” — Bien expliqué, il ouvre des droits et des aménagements, et protège l’estime de soi.

Et après le bilan ?

On priorise (3 actions), on met en place, on observe, on ajuste. On coordonne avec l’école et les autres professionnels. On réévalue si besoin. Le but n’est pas la perfection graphique ou l’exécution “comme les autres”, mais des apprentissages accessibles, un plaisir qui revient, une confiance qui tient.

Ce texte informe sans remplacer un avis personnalisé. Chaque enfant a un profil singulier. Si vous vous interrogez sur les apprentissages de votre enfant, nous pouvons en parler pour décider ensemble de la démarche la plus aidante.

Prendre contact

Dans les prochains articles, nous entrerons dans le détail de chaque domaine : d’abord la dyslexie/dysorthographie, puis la dyscalculie et le TDC/dyspraxie, avec des exemples concrets, des outils précis et des recommandations prêtes à l’emploi.