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TDAH : bien plus qu’un enfant qui bouge beaucoup

Et si l'hyperactivité n'était que la partie visible d'un iceberg beaucoup plus vaste ? Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ne se résume ni à une chaise qui grince ni à une main qui pianote. Il traverse l'organisation, bouscule la gestion du temps, fragilise la mémoire de travail, accélère les émotions et peut, dans le même mouvement, porter une créativité et un élan d'initiative. Derrière l'agitation apparente, il y a un cerveau qui capte intensément, qui passe vite d'une idée à l'autre, qui a besoin d'un cadre lisible pour canaliser son énergie.

Parler du TDAH, c’est accepter la diversité des profils. Certains enfants sont surtout inattentifs : ils rêvassent, décrochent au milieu d’une consigne, perdent leurs affaires en laissant pourtant des idées brillantes derrière eux. D’autres sont surtout hyperactifs/impulsifs : ils bougent, coupent la parole et agissent avant d’évaluer le risque. Beaucoup cumulent les deux dimensions, selon les moments, les contextes, la fatigue. Ce qui compte, ce n’est pas la liste de cases cochées, mais le retentissement : à l'école, à la maison, dans les loisirs ou dans l'estime de soi.

Le quotidien derrière le mot : attention, impulsivité, régulation

Dans une salle de classe, le TDAH peut se traduire par une attention qui s’allume fort mais s’éteint vite : l’enfant démarre, puis se perd au deuxième paragraphe. Par une impulsivité qui fait répondre trop tôt, bousculer un camarade ou même cliquer avant d’avoir lu. Par une régulation émotionnelle qui sature quand la frustration monte ou quand la consigne se complexifie. À la maison, on retrouve souvent l’empilement des petites choses : le cartable à moitié fait, la consigne entendue mais non exécutée et la chambre commencée trois fois. Rien de "volontairement désobéissant" là-dedans : un fonctionnement qui réclame des appuis pour tenir la trajectoire.

Et puis il y a les forces, qu'on oublie trop vite : une curiosité , une capacité à rebondir, une pensée associative fertile et souvent un grand sens du défi. Les aménagements n'ont pas pour but de calmer un enfant "trop remuant", mais de lui donner des rails pour mettre ces ressources en mouvement utile.

Pastille clinique : quand l'exemple rend concret

Noah, 9 ans. À l'école, il sait résoudre un problème de maths à l'oral en un éclair, mais rend sa feuille à moitié vide. Il lève la main mais parle sans attendre. À la maison, il promet de "s’y mettre après le goûter" et au goûter suivant, le cahier n'est toujours pas ouvert. Ses parents oscillent entre admiration et lassitude. Ils ont entendu tout et son contraire sur le TDAH.

Au bilan, j'observe un garçon chaleureux, curieux, partant pour tout, qui se perd dans les étapes. Les questionnaires Conners et BRIEF pointent des difficultés en inhibition, organisation et flexibilité. Les tests d’attention (TEA-Ch, D2-R) montrent une attention fluctuante et des impulsions rapides. Le WISC-V met en évidence de bonnes ressources verbales et visuo-spatiales, avec une mémoire de travail plus fragile. Rien n'accuse Noah ; tout éclaire ce dont il a besoin.

L'évaluation utile : croiser clinique, tests et contexte

Mon approche reste la même : d'abord la clinique et le retentissement, ensuite la passation standardisée, puis l'interprétation en contexte. Les outils ne "font" pas le diagnostic à eux seuls ; ils structurent l'observation et aident à objectiver ce que les parents et l'école décrivent. Selon l'âge et la question clinique, je mobilise : Conners (parents/enseignants), BRIEF (fonctions exécutives au quotidien), TEA-Ch et/ou >D2-R (attention) et le WISC-V pour le profil cognitif. Je peux compléter avec la NEPSY-II pour affiner certaines fonctions (inhibition, flexibilité, théorie de l’esprit).

Je garde à l'esprit les biais possibles : un enfant très anxieux le jour J peut paraître plus inattentif ; un autre, très motivé, compensera ponctuellement. C'est pourquoi je croise systématiquement les sources (parents/école/observation) et, si besoin - généralement selon la fatigabilité et le comportement -, je fractionne la passation ou je revois l’enfant.

Ce qui aide vraiment au quotidien

Les recommandations efficaces sont simples, précises, répétables !!

Rendre visible l'invisible : consignes écrites + orales, étapes numérotées, minuteur, agenda visuel, couleur par matière. Fractionner : une consigne → une action, pause courte, reprise. Structurer l'espace : coin de travail dégagé, matériel en double à l'école/maison pour réduire la charge de gestion. Valoriser les efforts : renforcement positif ciblé sur les comportements visés (se mettre au travail, rester sur la tâche X minutes, rendre la feuille complète). Réguler l'énergie : micro-pauses motrices planifiées, autorisations de bouger sans perturber (élastique de chaise, balle anti-stress discrète).

Côté émotions, on outille : repérage des signaux d'escalade, méditation - respiration guidée, "pauses" à demander, médiation si conflit. L'objectif n’est pas de "mettre au pas", mais d'apprendre à piloter son attention et son impulsion.

Sortir des idées reçues pour avancer

"Il pourrait s’il voulait." — La volonté ne compense pas un déficit d'inhibition ou une mémoire de travail saturée. On soutient par des aménagements et des stratégies, on n'oppose surtout pas motivation et neurodéveloppement.

"Le TDAH, c’est que chez les enfants turbulents." — Les profils inattentifs, souvent discrets, sont sous-repérés et tout autant en difficulté.

"Il faut tout assouplir." — Non. On clarifie la règle, on structure la tâche, on anticipe les moments sensibles. Exigence et bienveillance ne s'excluent absolument pas.

Retour à Noah : des appuis qui changent la donne

Avec l'école, nous avons mis en place des consignes en trois étapes affichées, un double des manuels au domicile, un contrôle visuel du cartable, un minuteur pour amorcer/se maintenir, et un système de renforcement positif centré sur "je rends une feuille complétée". À la maison, une routine du soir en pictos, des devoirs découpés (10 minutes / 3 minutes de pause), et un cahier de liaison bref avec l’enseignante.

Trois semaines plus tard, Noah ne finit pas tout, mais il finit davantage. Il coupe encore la parole, mais sait maintenant dire "attends, j’ai une idée" en levant le doigt. Ce n’est pas spectaculaire ; c’est précieux, et c’est reproductible.

Ce qu'il faut retenir

Le TDAH n'est ni une fatalité ni une affaire d’éducation laxiste. C’est un fonctionnement neurodéveloppemental qu'on peut décoder et accompagner. Mon rôle, en tant que neuropsychologue, est de transformer une impression de "désordre" en plan lisible : comprendre le profil, poser les bons outils (Conners, BRIEF, TEA-Ch, D2-R, CPT, WISC-V…), croiser avec la clinique et la vie réelle, puis traduire en gestes concrets pour l'école et la maison. On ne cherche pas un enfant "sage", on cherche un enfant outillé.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis personnalisé. Chaque enfant est unique. Si vous souhaitez discuter de la pertinence d'un bilan ou d'aménagements pour votre enfant, je vous accueille volontiers pour en parler.

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Dans le prochain article, nous détaillerons l'évaluation de l'attention et de l'impulsivité : ce que mesurent les outils, leurs limites, et comment interpréter les résultats sans perdre de vue la réalité du quotidien.