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Pourquoi l’interdisciplinarité est la clé de l’accompagnement

Et si l’on cessait de chercher “le” bon professionnel… pour construire, ensemble, la bonne équipe ? Dans la vraie vie des familles, un enfant n’est jamais qu’un dossier de neuropsychologie, d’orthophonie, d’ergothérapie, de psychomotricité ou d’école. Il est tout cela à la fois, un mardi matin à 8h40 quand la fermeture éclair coince, à 10h quand la dictée arrive, à 16h quand la cour résonne trop fort. C’est pour cette raison que l’interdisciplinarité n’est pas un luxe : c’est le moyen le plus fiable de transformer une compréhension en changements concrets et durables.

Dans cet article, je vous propose, en tant que membre de la PCO de l'Isère d’entrer dans l’atelier du travail en réseau : qui fait quoi, comment on se parle, comment on décide, et pourquoi un plan d’action partagé vaut plus que dix comptes rendus superposés sans travail coordonné.

Interdisciplinarité : de quoi parle-t-on concrètement ?

Il s’agit de croiser les regards et de coordonner les actions autour d’objectifs communs, avec un langage compréhensible par tous. Autour de l’enfant, on trouve souvent : parents, enseignant, AESH, neuropsychologue, orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricien, pédopsychiatre/pédiatre, parfois éducateur et assistante sociale. Chacun voit une facette ; l’enfant gagne quand ces facettes s’assemblent.

L’interdisciplinarité, ce n’est pas “plus de professionnels”, c’est mieux coordonner leur action : moins de charge pour la famille, plus d’impact pour l’enfant.

Ce que l’on évite quand on travaille ensemble

  • Les doubles injonctions : “écris plus vite” vs “ne te précipite pas”.
  • Le mille-feuille d’objectifs : dix priorités qui se neutralisent. 
  • Les interprétations isolées : un score mal compris qui devient une étiquette.
  • La fatigue parentale : répétitions d’histoires, rendez-vous éparpillés, messages contradictoires.

Comment j’organise la coordination

Mon fil conducteur : clinique d’abord, tests au service des questions, plan d’action priorisé, boucles de feedback courtes.

  • 1. Cartographie : recueillir l’histoire et les besoins, récupérer les cahiers/échantillons, lister les partenaires (école, soins, loisirs).
  • 2. Évaluation : sélectionner les outils (ex. WISC-V/WPPSI/WNV, NEPSY, TEA-Ch, D2-R, BRIEF, Conners, batteries spécifiques lecture/écriture/math, ADOS-2/ADI-R/Vineland/SRS-2 selon la question).
  • 3. Réunion courte (présentiel ou visio) : 45 minutes, objectifs SMART (3–5 max), rôles clairs, calendrier des points d’étape.
  • 4. Fiche-passerelle : une page partagée (école/famille/soins) avec objectifs, adaptations, outils, critères de réussite.
  • 5. Feedback : micro-bilans toutes les 4–8 semaines pour ajuster ce qui marche/ne marche pas.

Pastilles cliniques : l’effet levier du “faire ensemble”

1) “Lucas, 7 ans — écrire sans s’épuiser”

Profil : suspicion TDC/dyspraxie, écriture lente, effondrement en fin de matinée. Coordination avec l’ergothérapie, la maîtresse et l’AESH. Plan : réduire la copie, introduire le clavier pour deux matières, gabarits visuels, pauses mains programmées. Résultat : devoirs divisés par deux en durée, évaluations lisibles, estime de soi en hausse.

2) “Maya, 9 ans — comprendre l’implicite”

Profil : TSA sans DI, intérêts spécifiques, quiproquos sociaux fréquents. Équipe : orthophonie (pragmatique), enseignante, AESH, parents. Plan : scénarios sociaux en classe, explicitation des routines, SRS-2 et Vineland pour suivre l’autonomie. Résultat : moins de malentendus, plus de participations orales.

3) “Nolan, 12 ans — haut potentiel et lecture fragile”

Profil : HPI + dyslexie. Équipe : orthophonie, prof principal, CPE, parents. Plan : textes audio, temps supplémentaire, évaluation du fond séparée de l’orthographe, enrichissement en sciences-histoire. Résultat : notes stabilisées, engagement retrouvé.

4) “Yanis, 8 ans — tempêtes émotionnelles”

Profil : TOP avec impulsivité. Équipe : enseignant, pédopsychiatre, parents. Outils : BRIEF/Conners, entraînement à l’inhibition (NEPSY), code couleur transitions, renforcement positif cadré. Résultat : crises plus courtes, retours en classe facilités.

Traduire un bilan en gestes qui tiennent

  • Dans la classe : consignes écrites + orales, fractionnement des tâches, contrôle de complétude d’1 minute, supports visuels, place calme, temps majoré ciblé.
  • À la maison : routine courte et régulière, fiches ultra-synthétiques, répétition espacée, lecture dialoguée, minuteur visuel.
  • En soin : objectifs limités et mesurables, transfert systématique des acquis vers l’école et la maison, “fiche geste” quand un outil est introduit (clavier, pictos, calculatrice).

Les écueils à éviter

  • Tout faire en même temps : 3 priorités valent mieux que 12 bonnes idées.
  • Parler jargon : on traduit les sigles en effets concrets (ex. : “IMT bas” → “consignes numérotées et affichées”).
  • Rester sans feedback : sans retour de l’école ou de la maison, l’ajustement est impossible.
  • Oublier l’enfant : il doit comprendre les aménagements et y adhérer, sinon ils deviennent des contraintes supplémentaires.

Comment je peux vous aider à lancer la démarche

  • Rassembler l’historique et les bilans existants.
  • Identifier 3 objectifs prioritaires qui changent le quotidien.
  • Rédiger une fiche-passerelle claire (1 page) pour l’école et les partenaires.
  • Proposer un point d’étape à 6–8 semaines pour mesurer les effets et ajuster.

Ce que je retiens

L’interdisciplinarité n’est pas un slogan. C’est une façon très concrète de faire gagner du temps et de l’énergie à l’enfant et à sa famille : un langage commun, des objectifs partagés, des outils qui passent d’un lieu à l’autre sans se perdre. Mon rôle, en tant que neuropsychologue, est de relier la clinique et les tests aux gestes quotidiens des parents, de l’école et des thérapeutes, jusqu’à ce que l’enfant sente enfin le sol plus ferme sous ses pieds.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis personnalisé. Si vous souhaitez mettre en place une coordination autour de votre enfant, je peux vous aider à organiser la première réunion et à structurer la fiche-passerelle.

Prendre contact

Dans le prochain article, nous détaillerons comment se déroule un bilan neuropsychologique complet : étapes, durées, outils, et surtout comment les résultats se transforment en appuis concrets pour la maison et l’école.