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Comment se déroule un bilan neuropsychologique complet ?

Et si un bilan n’était pas une chasse aux scores, mais une enquête clinique pour comprendre comment votre enfant apprend, se concentre, mémorise et gère ses émotions ? Un bon bilan ne se contente pas de “mesurer” : il met en cohérence l’histoire familiale et scolaire, l’observation en séance et les résultats d’outils standardisés. L’objectif : éclairer sans enfermer, puis transformer les conclusions en appuis concrets pour la maison et l’école.

Philosophie de ma démarche

Je travaille avec une approche intégrative : clinique d’abord (ce qui se passe vraiment au quotidien), tests ensuite (ce qu’ils confirment/nuancent), puis recommandations priorisées et partagées avec les parents, l’école et, si besoin, les autres professionnels. La standardisation de la passation est respectée, tout en gardant une posture d’écoute active et d’observation fine (motivation, stress, stratégies, fatigabilité).

Les grandes étapes d’un bilan complet

Prise de contact et recueil documentaire

Vous m’exposez vos questions, j’explique le cadre et les délais. Vous pouvez transmettre bulletins, cahiers, comptes rendus déjà réalisés (orthophonie, pédiatrie, psychomotricité, ergothérapie, etc.). Cela évite les redondances et affine l’hypothèse de travail.

Entretien clinique (parents et enfant)

Nous retraçons l’histoire développementale (grossesse/naissance, acquisitions, santé, scolarité), les forces de votre enfant, les situations qui coincent, les aménagements déjà testés. Avec l’enfant, je crée un cadre rassurant, je clarifie ses ressentis et ses objectifs (“qu’est-ce qui t’aiderait à l’école ?”).

Observation et passations standardisées

En 1 à 3 séances selon l’âge et les questions, je passe des outils normés. Je veille à des pauses régulières et à la motivation. Les erreurs sont informatives : je regarde comment l’enfant s’y prend, pas uniquement le résultat final.

Analyse intégrée des résultats

Je confronte les données cliniques, les scores et les observations. Je prends en compte l’intervalle de confiance des mesures et la cohérence entre indices. En cas de profil hétérogène, je privilégie la lecture par indices et l’IAG/GAI plutôt que le seul QI total.

Restitution orale (enfant puis parents)

Je présente au jeune son fonctionnement avec des mots simples, puis j’échange avec vous sur les conclusions et les recommandations. J’insiste sur 3 à 5 priorités concrètes pour éviter de se diluer.

Compte rendu écrit et plan d’action

Vous recevez un document clair, structuré, qui détaille les résultats et surtout les gestes utiles pour l’école et la maison. Je peux contacter l’enseignant, l’AESH ou les autres professionnels pour aligner les actions.

Quels outils peuvent être utilisés ?

Échelles cognitives

  • WISC-V (6–16 ans), WPPSI (préscolaire), WAIS (ados plus âgés), WNV (modalité non verbale)
  • Lecture fine des indices : verbal, visuo-spatial, raisonnement fluide, mémoire de travail, vitesse de traitement

Attention & fonctions exécutives

  • TEA-Ch, D2-R, CPT
  • NEPSY (inhibition, flexibilité, mémoire, praxies)
  • BRIEF (retentissement exécutif au quotidien), Conners

Langage, apprentissages, TSA

  • Batteries spécifiques lecture/orthographe/math selon l’âge (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie)
  • ADOS-2, ADI-R, SRS-2, Vineland, PEP-3 pour le TSA et l’autonomie

État émotionnel

  • RCMAS (anxiété), questionnaires de dépression adaptés à l’âge
  • Entretien clinique et observation du rapport à l’erreur, au stress et à la charge cognitive

Important : je ne “fais pas tous les tests à tout le monde”. Je sélectionne les outils pertinents pour répondre à vos questions, limiter la fatigue et obtenir des résultats vraiment exploitables.

À quoi ressemble une semaine type de bilan ?

  • Jour 1 : entretien clinique (1h–1h30) + début de passation si l’enfant est disponible
  • Jours 2–3 : séances de tests (1h–2h selon l’âge), avec pauses et étalement si nécessaire
  • Analyse : traitement des scores + interprétation clinique
  • Restitution : entretien dédié (45–60 min), puis envoi du compte rendu écrit

Le calendrier s’adapte évidemment à l’âge, à la fatigabilité et aux contraintes familiales/scolaires.

Pastille clinique contée : “les pièces du puzzle de Tom”

Tom, 9 ans. À l’école, on le dit “intelligent mais brouillon”. Les devoirs durent, les contrôles s’arrêtent à mi-parcours, et la lecture à voix haute accroche. En entretien, ses parents évoquent un garçon curieux, passionné d’animaux, qui s’agace vite quand il faut recopier. En observation, Tom pose de bonnes questions, mais perd le fil sur une consigne en trois étapes.

Le WISC-V montre un profil élevé en raisonnement et compréhension verbale, avec une mémoire de travail et une vitesse de traitement plus basses. Les épreuves d’attention (TEA-Ch, D2-R) confirment un maintien inégal et des erreurs d’omission en fin de ligne. Les tests de lecture pointent une précision correcte mais une lenteur marquée.

Plutôt qu’un “manque de volonté”, le bilan met en évidence une charge exécutive trop élevée. Les recommandations : consignes numérotées, droit à l’énoncé imprimé, réduction de la copie “pour copier”, temps supplémentaire ciblé, contrôle de complétude en fin d’exercice, cartes-mémo de procédures en mathématiques, et apprentissage progressif du clavier. Deux mois plus tard, Tom rend des évaluations complètes et retrouve le goût des exposés… sur les loutres, évidemment.

Restituer pour agir : comment je présente les résultats

  • Au jeune : une carte de son fonctionnement (“là où ça va très vite”, “là où ça coince quand il y a trop d’étapes”) et des astuces concrètes pour se sentir acteur.
  • Aux parents : un résumé clair, sans jargon, et un plan priorisé (3–5 actions) tenable dans le temps.
  • À l’école : recommandations opérationnelles (consignes, supports, évaluation, temps, place) et, si besoin, échange direct avec l’enseignant/AESH.
  • Aux partenaires : articulation avec l’orthophonie, la psychomotricité, l’ergothérapie ou la pédopsychiatrie pour une mise en œuvre cohérente.

FAQ rapide

Un bilan “pose-t-il” forcément un diagnostic ? Non. Parfois, il clarifie un profil et propose des aménagements sans conclure à un trouble. L’essentiel est l’utilité pour l’enfant.

Et si mon enfant est très stressé le jour J ? J’en tiens compte. Le comportement en passation est une donnée clinique. Les résultats sont interprétés avec prudence et confrontés au quotidien.

Devra-t-on refaire un bilan ? Parfois, oui : lors de grandes transitions (CM2→6e, collège→lycée) ou pour mesurer les effets des aménagements/soins.

Ce que je retiens

Un bilan neuropsychologique utile commence par la vie réelle, s’appuie sur des outils valides, et se termine par des gestes concrets qui allègent le quotidien. Mon rôle, en tant que neuropsychologue, est d’être ce traducteur entre les tests et la classe, entre l’observation et la maison, pour que votre enfant progresse sans porter une étiquette trop lourde.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis personnalisé. Chaque enfant est unique. Si vous vous interrogez sur la pertinence d’un bilan, je vous reçois volontiers pour en discuter et définir la démarche la plus aidante.

Prendre contact

Dans le prochain article, nous parlerons de l’observation parentale au quotidien : comment transformer ce que vous voyez en indices utiles pour l’école et les professionnels.